Présentation d’une création de valeur unique et durable, décloisonnement des fonctions, implication de la gouvernance…si les bénéfices du rapport intégré ne sont plus à démontrer, les investisseurs ne sont pas encore convaincus de la valeur ajoutée en l’état, de cette publication. Voici quelques retours d’expériences issus d’une conférence organisée hier par le Cliff, Capitalcom, le C3D et l’IFACI*.

Elément déclencheur

Quelles sont les raisons qui motivent un émetteur à initier ce type de démarche qui n’est pas obligatoire ? Pour Farouz Lemosle, responsable communication financière au Crédit Agricole, la présentation du plan « ambition stratégique 2020 » a été l’accélérateur de la mise en œuvre d’un rapport intégré en 2016. Objectif : faire comprendre l’utilité de la banque dans un climat de défiance à l’égard des établissements financiers. Présenter de manière plus claire et pédagogique le modèle économique du groupe à l’ensemble de ses parties prenantes.

Co-pilotage du projet

Placé hier sous la direction du développement durable, le rapport intégré est aujourd’hui un projet porté de plus en plus à parité par les relations investisseurs et le développement durable. C’est en tout cas le parti-pris de Nexity qui a publié son premier rapport intégré en 2016. Un projet qui a nécessité 5 mois de travail et une dizaine de réunions. Au final, un document concis (24 pages), destiné à présenter la nouvelle ambition stratégique du groupe et son organisation centrée autour des client.

Thématiques récurrentes

Faut-il suivre la structure conseillée par l’IIRC** pour mettre en place sa démarche ? « Il faut simplement s’en inspirer, l’IIRC est un cadre, pas un dogme » recommande Laurent Rouyrès, Président de Labrador venu apporter l’éclairage investisseur au sein de cette table-ronde. Certes, certaines thématiques sont attendues des parties prenantes : la présentation du business model est ainsi formalisée par 90% des émetteurs interrogés par Capitalcom qui a mené une étude*** en partenariat avec le Cliff sur le sujet. 50% des entreprises évoquent aussi les méga tendances, 71% présentent la stratégie et la performance (KPIs). Les risques et de la gouvernance font aussi partie des sujets incontournables. « Les investisseurs sont en revanche plus dubitatifs concernant la présentation de la matrice de matérialité qu’ils interprètent difficilement. Il attendent des clés de lecture supplémentaires pour comprendre la hiérarchisation et la pertinence des enjeux sélectionnés par les entreprises » observe Laurent Rouyrès.

Leviers de progrès

Reste que les axes d’amélioration sont nombreux pour ce type de projet qui s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue. La dimension prospective et la connexion de l’information font partie des sujets que les émetteurs peinent à s’approprier. De nombreux rapports présentent des indicateurs portant sur l’exercice écoulé sans faire le lien avec l’exécution du plan stratégique à moyen/long terme. Idem pour la connectivité c’est à dire la mise en perspective de l’interdépendance des contenus qui n’est pas suffisamment démontrée au sein de ces publications. Ces éclairages supplémentaires aideraient sans doute les investisseurs à mieux évaluer  la création de valeur globale de l’entreprise. Le Crédit Agricole s’y est essayé en chiffrant le partage de la valeur au profit de l’ensemble de ses parties prenantes. Si l’exercice est perfectible, il reste néanmoins difficile à mettre en œuvre dans un environnement de plus en plus règlementé. Les émetteurs sont en effet écartelés entre le désir de transparence de l’information et la prudence nécessaire à toute communication prospective qui pourrait les exposer à des risques inutiles, conclut en substance Jean-Régis Carof, Directeur des Relations Actionnaires et Autorités de Marché de l’Oréal.

 

Sandrine L’Herminier

Directrice du Pole RSE – Labrador Conseil


*C3D : Collège des directeurs développement durable. IFACI : Institut Français des Auditeurs et Contrôles Internes

**IIRC : International Integrated Reporting Council

***Etude Integrated Thinking 2017 réalisée par Capitalcom, le Cliff, Vigeo Eiris, le C3D et l’IFACI. 60 émetteurs interrogés.