Entretien avec Bruno Perrin, associé EY

EY vient de publier ses 10 priorités pour les conseils européens pour l’année 2018. Une année placée sous le sceau des nouvelles technologies, à saisir comme opportunité pour améliorer la performance des entreprises et pour répondre aux nouveaux risques

Le développement de la valeur sur le long terme et le renforcement des liens avec les actionnaires, qu’est-ce qu’il y a de nouveau en 2018 ?

Transparence accrue et création de valeur sur le long terme doivent être au cœur des préoccupations des boards. Les actionnaires sont toujours plus exigeants en matière de transparence. Et la mise en place en 2017 de la nouvelle directive européenne sur les droits des actionnaires facilite et encadre la communication entre les sociétés cotées et leurs actionnaires. Cette directive, qui doit être transposée d’ici 2019, constitue un véritable retour de balancier. Les membres des boards doivent mettre de côté certaines visions court-termistes de marchés, pour se concentrer sur la stratégie de l’entreprise sur le long terme et ce, pour l’ensemble des parties prenantes : les actionnaires, mais aussi les salariés, les clients, fournisseurs et autres partenaires. La responsabilité sociale, environnementale et éthique (RSE) prend ses marques.

Comment voyez-vous évoluer le reporting corporate ?

Le reporting corporate vise à accompagner les investisseurs et actionnaires dans la compréhension des enjeux stratégiques de l’entreprise. Il établit ainsi un lien clair entre stratégie et résultats sur le long terme. Pour ce faire, le reporting corporate se doit d’aller au-delà des chiffres pour être toujours plus prospectif. Il doit aussi expliciter la raison d’être des sociétés. Les boards doivent s’efforcer de prendre un certain recul, de la hauteur.

Quels sont les principaux points de vigilance des conseils sur les nouveaux risques ?

Le RGPD met une pression sur les conseils, qui doivent s’assurer que les sociétés gèrent bien ce type de risques. Ethique, données personnelles, cyber, fiscalité : c’est l’heure de vérité pour le risque réputationnel !

Les boards se sont-ils mis à l’heure du numérique ?

Cela fait trois ou quatre ans que l’on parle de révolution technologique. Force est de constater qu’en 2018, nous sommes en plein cœur de la vague. Le numérique devient la nouvelle norme. Les priorités stratégiques, les nouveaux marchés, les nouveaux business models, reposent sur le digital. Les boards doivent veiller à ce que leur composition soit alignée avec les nouveaux enjeux stratégiques. Un peu moins d’experts en tous genres, pour plus d’ouverture à l’international et en direction des nouvelles technologies et des nouvelles générations.

 Enfin sur le sujet très explosif des rémunérations, avez-vous quelques recommandations ?

Le sujet rémunération des dirigeants commence à être bien maîtrisé. S’il reste encore à faire quelques efforts de pédagogie, les politiques de rémunération présentées aux conseils et en assemblée générale sont de plus en plus compréhensibles et complètes. Elles doivent désormais renvoyer à des politiques pérennes, conformes aux standards du secteur et pouvant être défendues au-delà des comités et assemblées générales. On a même vu quelques dirigeants aller au-delà des simples calculs arithmétiques de court terme, prendre en compte des intérêts à long terme, une vision stratégique socialement responsable et renoncer au final à une partie de leurs primes pourtant acquises.

Mais il reste cependant du travail à accomplir sur un autre sujet : celui des inégalités de salaires entre hommes et femmes.

Propos recueillis par Beñat Caujolle

Aller plus loin : EY Board Agenda 2018