« Entreprise et intérêt général » : tel était l’intitulé de la mission lancée le 5 janvier dernier par le ministère de l’Economie. A la clé, le rapport Notat-Senard, remis le 9 mars aux membres du gouvernement. La recommandation principale ? Intégrer la RSE à l’objet social. Et si au lieu de cela, on laissait faire les entreprises ?  

Une loi prématurée freinera une révolution en marche

L’idée semble belle, voire légitime, de changer l’objet social pour ajouter un aspect sociétal à une définition très financière de l’entreprise. Mais il faudrait cependant être aveugle pour ne pas se rendre compte que de nombreuses entreprises ont initié ce changement par et pour elles-mêmes. Aujourd’hui, les entreprises sont en effet conscientes qu’il leur est impossible de se développer durablement sans satisfaire les parties prenantes.

Le temps où seule comptait la satisfaction des actionnaires est depuis longtemps révolu. Une vision uniquement financière ne correspond déjà plus aux entreprises d’avenir.

L’entreprise défend l’intérêt général… par intérêt

Les profits et créations de richesses de l’entreprise se construisent par une stratégie long terme, une activité saine et globale, le développement du capital humain, par des risques transformés en opportunités.

C’est cette perception de l’entreprise qui fidélise les clients. C’est son comportement qui lui permet d’attirer les meilleurs candidats. C’est sa manière de se conduire qui fait de ses salariés des véhicules de communications. L’entreprise adoptera ce mode de fonctionnement comme tout groupe humain, en priorité dans son propre intérêt.

Faire confiance aux entreprises

Aujourd’hui, de nombreuses initiatives se mettent en place. L’extra financier est déjà intégré à la stratégie et donc au financier. Les informations intégrées voient le jour, les reportings RSE deviennent comparables et donc plus fiables. Laissons aux entreprises l’espace et le temps pour se présenter clairement dans leur globalité, en adaptant leur information à la formidable mutation de l’économie.

Une loi risque de judiciariser un processus déjà en marche, d’avoir pour effet des contraintes et dès lors, freiner l’évolution.

Une loi ne saurait suffire.

Laurent Rouyrès