Peu normalisée, peu précise, peu lisible… la présentation des indicateurs de performance non définis par les normes comptables comme les IAP (indicateurs alternatifs de performance) ou les indicateurs extra financiers est encore perfectible. C’est en substance le constat dressé par un panel d’experts réunis récemment par le Cliff, le cabinet d’avocats Bredin Prat et PwC[1] autour d’une table-ronde sur le sujet.

 Peu de cohérence avec les données comptables

Les indicateurs alternatifs de performance (comme Ebitda, résultats opérationnels, cash flow libre) ne sont pas suffisamment corrélés aux données financières de l’entreprise. C’est le premier constat dressé par l’ESMA -Autorité européenne des marchés financiers- qui a mené une étude auprès de 170 sociétés européennes. 20% des entreprises ne font pas de réconciliation avec les IFRS, 15% des émetteurs ne donnent pas une définition claire de l’indicateur, 6% des titres donnés à l’indicateur n’illustre pas la donnée présentée. « Il faut rapprocher les IAP avec le poste des états financiers de la période correspondante» relève en substance Roxana de Carvalho Cunha, Acting Head of Departement Corporate Affairs à l’ESMA. Si la tâche n’a rien de simple, l’évolution des pratiques vers plus de normalisation et de cohérence avec les données comptables, est indispensable. Ce type de données fournit des informations utiles aux investisseurs pour appréhender le niveau de performance économique d’une entreprise.

Standardisation : utopie ou réalité ?

Deuxième constat : la comparabilité des indicateurs « non normés » est loin d’être acquise. « Nous n’arriverons pas à tout normaliser » constate Philippe Kubisa, associé PwC France. « Dans le domaine de l’information extra financière, il faudrait se concentrer sur les indicateurs les plus significatifs car les activités d’un cimentier n’ont rien de commun avec un groupe de communication ». Propos partagés par Philippe Audouin, Directeur général finance d’Eurazeo qui suggère de sélectionner dans un premier temps quelques indicateurs transversaux « communs et pertinents pour l’ensemble des entreprises ». Il y aurait par exemple un travail de standardisation à faire autour de la mesure des effectifs. Un indicateur plébiscité par les investisseurs mais dont les méthodes de calcul diffèrent trop souvent d’une entreprise à l’autre.

Autre piste : travailler sur la standardisation des données à l’échelle d’un secteur. L’EPRA (European Public Estate Association) s’y attelle et propose aux foncières immobilières un référentiel d’indicateurs clés communs.

Robert Ophèle Président de l’AMF invite de son côté les émetteurs à proposer une comparabilité des indicateurs dans le temps « pour mesurer les progrès réalisés d’un exercice à l’autre ». Objectif : permettre aux investisseurs d’évaluer une entreprise sur la durée.

Transparence sur les modes de calcul

Enfin, des leviers de progrès persistent sur les modalités de construction de l’agrégat, sa pertinence, son périmètre et son suivi. « La définition et le calcul d’un IAP doivent être cohérents dans le temps » rappelle Roxana de Carvalho Cunha qui constate également que les entreprises sont encore trop silencieuses en cas de suppression d’un indicateur.

[1] Réflexion sur la communication extra financière et les indicateurs alternatifs de performance. Juillet 2018.

Publication de l’édition 2018 : Cadre et pratiques de communication financière

 

Sandrine L’Herminier

Directrice du Pole RSE – Labrador Conseil