Entretien avec Laurent Saint-Martin, responsable du listing France, grandes capitalisations, chez Euronext

Arrivé au printemps 2016, Laurent Saint-Martin s’est attaché à écouter les besoins des émetteurs de la place financière hexagonale. Il dresse un premier état des lieux des besoins des grandes capitalisations et des réflexions sur l’évolution de l’offre d’Euronext.

Labrador : Quelle est la pertinence d’une Bourse comme Euronext, devenue une SSII ?

Laurent Saint-Martin : Euronext reste avant tout une infrastructure de marché qui permet aux entreprises de trouver des financements, de croître, et de gagner en visibilité. De plus, Euronext est la seule Bourse paneuropéenne à avoir un carnet d’ordres unique pour les Places de Paris, Londres, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne.

Nous mettons l’accent sur le listing avec la volonté de nous rapprocher des entrepreneurs et des émetteurs. Euronext est là pour les accompagner dans leurs réflexions sur la cotation et leurs parcours boursiers. Dans l’intérêt du marché et pour le rendre plus dynamique, nous voulons proposer une gamme complète de services aux entreprises. Si cela constitue une nouveauté pour la place parisienne, ce n’est pas le cas outre-Atlantique, où le Nasdaq a développé depuis longtemps des services pour ses émetteurs.

Depuis quelques années, Euronext n’est-elle pas devenue une Bourse dédiée aux valeurs moyennes ?

Non. Euronext accueille et sert toutes les sociétés quelle que soit leur taille. Face à la demande des petites valeurs et à leur besoin de financement par le marché, Euronext a lancé en mai 2013 EnterNext, filiale dédiée aux mid et small caps. Maintenant, nous voulons répondre aux demandes spécifiques des large caps. Cette décision est née d’une réflexion en interne et d’une prise de conscience du besoin des grandes capitalisations d’être mieux considérées. Notre objectif est de leur fournir une information complète, de leur apporter des services en matière de communication financière, de les accompagner sur la RSE, de les aider à comprendre leur actionnariat, et plus globalement de renforcer leur visibilité auprès des investisseurs.

Alors que vous n’êtes pas attendu sur les grandes capitalisations, comment pourrez-vous convaincre ?

En répondant à leurs attentes. Nous articulons notre démarche en trois phases. La première a été l’annonce de notre stratégie au printemps 2016. La seconde, qui s’est déroulée au cours de ce second semestre, a consisté à faire une enquête de satisfaction auprès de nos clients pour faire remonter les besoins réels des émetteurs. J’ai également rencontré les sociétés une à une. Nous entrons maintenant dans une phase de réflexion et d’analyse des données récoltées afin de poser le diagnostic adéquat. La troisième étape aura lieu au premier semestre 2017 avec la proposition de solutions concrètes. Elles s’inscriront dans le cadre de notre partenariat habituel avec toutes les institutions de la Place, à l’instar de Paris Europlace, de l’IFA, du Cliff, de l’AFTE, de l’Afep, de l’Ansa, etc., que nous consulterons également. L’un de nos objectifs est aussi de promouvoir de bonnes pratiques.

En offrant ces services aux sociétés, Euronext n’est-elle pas en situation de conflits d’intérêts, voire de concurrence déloyale ?

Absolument pas. Il n’y a aucun risque de conflit d’intérêts grâce à la muraille de Chine qui sépare les équipes listing, et celles qui conseillent et accompagnent les entreprises dans leur processus d’introduction en Bourse. Pour exemple, nos services de Pre Listing sont gérés par notre filiale EnterNext, qui intervient ainsi en tant que conseil indépendant sur les opérations, aux côtés des autres conseils et intermédiaires financiers. C’est actuellement le cas pour l’introduction sur Alternext de Horizontal Software. Les Bourses sont appelées à évoluer pour répondre plus en amont aux besoins de financement d’accompagnement des entreprises. Le développement de nos services s’inscrit pleinement dans cette démarche.

Quelles sont vos perspectives pour la place parisienne en 2017 ?

D’une part, nous devrons faire face à l’inquiétude conjoncturelle, liée aux enjeux politiques majeurs dans différents pays européens (France, Allemagne et Italie), qui pèsent pour 40% du PIB européen. Il faudra être particulièrement vigilant à la réaction des marchés financiers. D’autre part, nous sommes confiants et restons optimistes pour 2017. Le pipe d’introduction est plus fourni qu’en 2016, notamment avec les reports de certaines opérations qui auraient dû avoir lieu en fin d’année. De plus, l’élection de Donald Trump n’a pas provoqué de mouvements sur les marchés. Même si cela n’augure pas de l’avenir, cela balaye une série d’inquiétudes.

Propos recueillis par Thomas Fenin

 

Prochains rendez-vous :

8 décembre 2016 : Présentation des résultats du Panorama de la Gouvernance 2016, de EY en partenariat avec Labrador, chez Euronext. Inscrivez-vous ici

17 janvier 2017 : Conférence annuelle du marché boursier d’Euronext au pavillon Cambon, sur le thème : « les marchés financiers en Europe : une nouvelle donne pour Paris ».