Longtemps perçus comme des investisseurs « passifs », les investisseurs institutionnels se mobilisent désormais pour faire entendre leur voix à travers l’engagement actionnarial. Cette prise de position sur les politiques responsables des émetteurs qui fait écho aux débats actuels sur la loi Pacte, pourrait-elle contribuer à l’évolution d’une gouvernance verticale vers une forme de démocratie actionnariale ? A suivre

Réveil des fonds institutionnels

Effet COP 21 oblige, les grands investisseurs, dont la tête de file est le géant d’actifs BlackRock, n’hésitent plus à prendre position sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et exigent des entreprises interpellées qu’elles améliorent leurs pratiques dans la durée. Appuyés par l’opinion publique et les ONG, de nombreux outils leur permettent de faire pression sur la gouvernance.

  • Droit de vote, dialogue en coulisse avec la direction et le conseil d’administration, conférences de presse, dépôts de résolution permettent à cette typologie d’investisseur de s’inscrire dans une logique d’actionnariat responsable.
  • Création de coalitions à l’instar du Climate 100+ qui réunit 225 investisseurs mondiaux qui ont mis sous surveillance les 100 entreprises les plus émettrices de CO2 de la planète.
  • Souscription à des Green Bonds qui leur permettent de « verdir » leur portefeuille en finançant des projets ayant un impact positif sur l’environnement.

Vulnérabilité des entreprises

Plus engagés et exigeants, ces grands investisseurs n’hésitent plus à questionner les Boards pour obtenir des réponses sur la stratégie long terme des émetteurs. « L’entreprise doit être en capacité d’engager le dialogue » rappelait Jean-Florent Rérolle directeur France de Morrow Sodali lors d’une conférence organisée autour de ce sujet[1] « les investisseurs veulent comprendre le business model de l’entreprise, ils souhaitent aussi des informations plus précises sur le fonctionnement du Conseil ». Le profil des nouveaux administrateurs, la rémunération des dirigeants, la prise en compte des enjeux climatiques et sociétaux, figurent parmi les sujets suivis de près par ces investisseurs. Et si ces derniers privilégient un contact direct voire la sortie plutôt qu’un activisme agressif, ils n’hésiteront pas à soutenir les campagnes de fonds activistes s’ils considèrent que la gouvernance n’est plus adapté au modèle d’entreprise qu’ils souhaitent défendre.

Engagement de la gouvernance

Nul doute que cette évolution va impacter le rôle des relations investisseurs et la responsabilité de la gouvernance. Pour répondre à ce exigences, certaines initiatives peuvent être mises en place parmi lesquelles :

  • Une implication plus active du Board dans le dialogue investisseur qui doit aller au-delà du simple exercice de communication.
  • Une équity story convaincante illustrant l’adéquation de la stratégie durable de l’entreprise avec la qualité et la compétence des membres du Conseil.
  • Une présentation pédagogique et intégrée des informations (choix du support de communication et intégration de la performance extra financière dans les présentations investisseurs)
  • La formation, l’éducation des Conseils autour d’enjeux clés comme l’éthique, la protection des données personnelles ou le réchauffement climatique.
  • L’identification de « l’activisme actionnarial » au rang des nouveaux risques comme le stipule le groupe minier Anglo American dans son dernier rapport intégré.

 

Sandrine L’Herminier

Directrice du Pole RSE – Labrador Conseil