Ce n’est pas vraiment la main invisible d’Adam Smith qui fait les votes en Assemblées Générales (AG) des grandes sociétés en France. Mais des acteurs bien spécifiques : les gestionnaires de fonds, qui s’engagent de plus en plus en AG, devant les familles fondatrices.

Le poids de la gestion d’actifs

Une récente enquête d’Euronext à l’occasion des 30 ans du CAC 40 nous indique que près de 26 % de l’actionnariat de ces groupes est constitué de gestionnaires d’actifs. Peut-être plus étonnant, les deuxièmes détenteurs des groupes français sont les familles et les fondateurs avec un total de 10 % : un capitalisme donc familial avec Arnault, Bettencourt et Pinault en tête. En revanche, comme attendu, les particuliers, les anciens « petits porteurs », sont effectivement « petits » avec seulement 5,3 % du CAC.

Plus de femmes et une meilleure cartographie des risques

L’Association française de la gestion financière (AFG), qui représente et promeut les intérêts des professionnels de la gestion vient tout juste de publier ses « Recommandations sur le gouvernement d’entreprise » relatives aux assemblées générales et aux conseils d’administration. Le 20ème du nom.

En tête des nouveautés, celle de voir progresser la place des femmes dans les comités exécutifs. « Des sociétés cotées s’y attèlent, il en manque encore », note Valentine Bonnet, Directrice adjointe en charge du gouvernement d’entreprise et de la déontologie à l’AFG. « Dans certaines sociétés une dynamique de féminisation des différentes strates de la hiérarchie les conduit à féminiser leur comité exécutif ». Autre préconisation : « que le Conseil dispose d’une cartographie intégrant les risques cyber et des modalités concrètes d’organisation des gestions de crise et puisse en discuter en son sein », avance Valentine Bonnet.

Les grandes lignes des recommandations de l’AFG s’articulent autour de la participation aux AG et de la bonne information des actionnaires. Il s’agit bien entendu de voter, tout en étant vigilant sur les résolutions particulières qui pourraient jouer au détriment des actionnaires, comme les pilules anti-OPA ou les augmentations de capital sans droit préférentiel de souscription, ainsi que de veiller à des rémunérations adaptées et transparentes des dirigeants.

Des gérants qui votent

L’ensemble de ces recommandations a vocation à aider les sociétés de gestion dans l’exercice de leurs votes en assemblées générales. Un exercice qu’elles prennent de plus en plus à cœur. « Si on peut regretter aux Etats-Unis la pratique de déléguer son vote à des tiers, en France, les sociétés de gestion, qui ont chacune leur politique de vote, sont attentives à exercer leur vote dans l’intérêt de leurs clients et en rendent compte chaque année à l’Autorité des marchés financiers. On peut ainsi se féliciter de votes plus cohérents », souligne Valentine Bonnet.

Pour mémoire, l’AFG qui publie ses recommandations depuis 1998, alerte ses membres lorsque des résolutions soumises en assemblées générales sont contraires à ses recommandations. Des alertes publiées sur son site.

Beñat Caujolle